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Importance du diagnostic différentiel

, par Pierre Laporte

Nous avons vu avec le DSM-IV-TR, toute l’importance des critères diagnostiques permettant de poser un diagnostic différentiel relativement aux autres troubles ou pathologies au sein desquels une sémiologie similaire peut partiellement se rencontrer et ainsi induire un égarement diagnostique……

Cette question est manifestement de la plus haute importance et il est absolument nécessaire d’y apporter quelques réponses.

Un livre remarquable dont l’auteur principal est Thomas E. Brown, y a été récemment consacré, malheureusement pour les francophones non encore traduit ( Attention - Deficit Disorders and Comorbidities in Children, Adolescents, and Adults, (éd). Thomas E. Brown, 2000, Washington, DC : American Psychiatry Press, Inc.).

Nous nous réfèrerons pour différents éléments d’information à cet ouvrage ainsi qu’au Document de soutien à la formation (2003) faisant également un bon état de la question.

« Lorsqu’une consultation concerne un trouble de déficit de l’attention / hyperactivité, il est nécessaire, avant d’approfondir l’évaluation, d’éliminer les autres causes possibles des symptômes observés chez le jeune. Il existe plusieurs troubles psychologiques ou physiques qui présentent une symptomatologie similaire ou s’apparentant au TDAH. Il faut donc analyser ces avenues avant de pouvoir poursuivre l’évaluation d’un TDAH comme tel. Cette démarche est ce que l’on appelle le diagnostic différentiel.
C’est un processus qui envisage tous les troubles pouvant expliquer la symptomatologie existante. On procède ensuite par élimination pour n’obtenir qu’un seul diagnostic. Le diagnostic de TDAH est établi lorsque toutes les autres hypothèses possibles ont été éliminées. Ainsi, on évite le diagnostic de TDAH dans le cas des jeunes qui ne le présentent pas (faux positifs), et on évite les risques de ne pas diagnostiquer le TDAH alors que le jeune présente ce trouble (faux négatifs) ou tout autre diagnostic erroné.
Afin de répondre aux conditions de cette démarche, un bilan médical est très souvent pertinent, car certaines conditions physiques modifient le contrôle moteur ou bien les processus d’attention. Par exemple, l’inattention ou l’hyperactivité peuvent être causées par un abus de drogues, d’alcool ou de médications. Une mauvaise alimentation, des allergies, un problème lié à la glande thyroïde ou d’autres troubles de santé peuvent avoir une incidence sur les capacités attentionnelles ou le contrôle moteur.

Par ailleurs, certains troubles d’origine psychologique peuvent aussi présenter des caractéristiques communes ou s’apparentant au TDAH. En effet, il se peut que l’inattention ou les comportements dérangeants soient causés par un trouble de l’humeur, un trouble bipolaire de type I et II, anxieux ou dissociatif, un trouble de la personnalité, des tics ou un trouble schizophrénique.
Il arrive aussi que les symptômes observés soient dus à l’opposition caractéristique du trouble d’opposition avec provocation, à la frustration causée par un retard de développement, ou un trouble d’apprentissage (car l’enfant n’arrive pas à répondre aux exigences), ou à l’impulsivité liée au trouble de la conduite ou à un trouble envahissant du développement. De plus, un jeune qui vit un deuil, par exemple, aura beaucoup de difficultés à maintenir son attention, à l’instar d’un autre qui vit beaucoup d’anxiété lors des examens ou qui souffre d’une phobie scolaire. Un enfant qui vit des difficultés familiales importantes, entre autres, n’aura probablement pas beaucoup d’attention en classe et pourra montrer des comportements impulsifs ou agressifs par moment. » ( Document de soutien à la formation, 2003).

Il est bien évident que nous avons toujours en tête ce fait que les premières descriptions de « l’hyperactivité » ont été effectuées à propos de sujets présentant des atteintes cérébrales diverses prénatales, périnatales ou postnatales. Cela fait également partie du diagnostic différentiel.

Nous retrouvons également ici, relativement à l’expression sémiologique (aussi bien en intensité qu’en diversité des symptômes exprimés, présentés, par le sujet), toute l’importance des facteurs de protection et des facteurs de fragilisation si bien mis en évidence par le modèle étio-pathogénique systémique bio-psycho-social du couple Suzanne Lavigueur et Claude Desjardins (« Une approche globale du déficit d’attention / hyperactivité : analyse systémique et intervention multimodale », Revue Canadienne de Psycho-Education, 1999, 28, pp. 141-161).

Nous venons d’examiner la question du diagnostic différentiel permettant d’éliminer celui de TDAH dans un certain nombre de situations cliniques.

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