TDAH de l’adulte

Le diagnostic du TDAH chez l’adulte : comment se déroulent les consultations ?

, par Christine Gétin, directrice générale, Dr Michel Lecendreux

Le diagnostic de TDAH concerne 2,5% des adultes, celui-ci nécessite en général plusieurs consultations, il est rare qu’une seule soit suffisante.

C’est une démarche progressive, qui repose sur un ou plusieurs entretiens avec un médecin formé, et qui s’appuie autant que possible sur le témoignage d’un proche ayant connu votre enfance.

Les critères cliniques du TDAH sont détaillés dans notre article « Le diagnostic de TDAH ». Cet article se concentre sur un autre aspect, tout aussi important : comment se déroule concrètement cette démarche à l’âge adulte, consultation après consultation, et auprès de qui vous adresser.

Une démarche clinique, sans test biologique

Il n’existe pas de test biologique capable, à lui seul, de confirmer un TDAH. Le diagnostic est clinique : il repose sur des entretiens, un examen clinique, et le recueil d’informations auprès de votre entourage. [1]

C’est ce qui explique qu’il faille du temps, et parfois plusieurs rendez-vous, avant qu’un diagnostic puisse être posé avec certitude. Le médecin doit recouper plusieurs éléments : votre parcours depuis l’enfance, votre fonctionnement actuel, et si possible le regard d’un proche.

Le premier rendez-vous : le repérage

La démarche est le plus souvent initiée par votre médecin traitant. Il peut s’appuyer sur un questionnaire d’auto-évaluation, l’ASRS [2], que vous remplissez vous-même, pour objectiver les symptômes qui vous ont amené à consulter.

Ce premier échange avec votre médecin traitant permet de décider s’il est pertinent de vous orienter vers un médecin formé spécifiquement au diagnostic du TDAH.
Cela peut être un psychiatre, un neurologue, ou tout autre médecin ayant suivi une formation dédiée.

Les entretiens avec le médecin formé au TDAH

Le diagnostic proprement dit nécessite ensuite un ou plusieurs entretiens approfondis. Le médecin explore de nombreux aspects de votre vie : votre parcours scolaire, vos antécédents médicaux et psychiatriques, votre fonctionnement relationnel et professionnel, et le retentissement du trouble sur l’image que vous avez de vous-même.

Deux volets sont explorés en particulier.

  • Le premier est rétrospectif : il s’agit de retrouver la présence des symptômes dans votre enfance, notamment à l’aide de l’échelle WURS. [3]
  • Le second porte sur le retentissement actuel des symptômes, dans le travail, la vie familiale et les loisirs. Vos propres mots comptent aussi : des phrases comme « je suis tout le temps stressé » ou « je n’y arrive plus » orientent le clinicien. [4]

Pour structurer ces deux volets, le médecin peut s’appuyer sur des entretiens semi-structurés comme la DIVA-5 [5] ou l’ACE+ [6], conduits par lui-même plutôt que remplis par le patient seul comme l’ASRS. Le temps de passation est généralement assez long, environ une heure et demie, et se déroule autant que possible en présence d’un proche ayant connu votre enfance. Ils ont été traduits en français, mais n’ont pas encore fait l’objet d’une validation psychométrique formelle dans une population francophone.

Une étude française réalisée à l’hôpital Fernand-Widal (AP-HP, Paris), chez des patients suivis pour un trouble sévère de l’usage de substances, a permis de comparer la performance de plusieurs outils diagnostiques (ASRS, WURS-25, DIVA-5) : dans cette population, c’est la DIVA-5 qui a montré la meilleure spécificité et la meilleure valeur prédictive positive. [7]

Le rôle de l’entourage et des documents anciens

Comme chez l’enfant, le diagnostic s’appuie sur plusieurs sources d’information, pas seulement sur votre propre témoignage. La présence d’un proche ayant connu votre enfance, un parent, un frère ou une sœur, permet souvent de préciser des souvenirs flous ou difficiles à dater seul.

D’anciens bulletins scolaires, ou des comptes-rendus de bilans déjà réalisés par le passé, peuvent aussi être utiles. Ils objectivent des difficultés parfois oubliées, et aident à confirmer leur ancienneté depuis l’enfance, un critère essentiel du diagnostic.

Des bilans complémentaires, seulement si nécessaire

Un examen clinique complète l’entretien. Il permet d’écarter d’autres causes possibles : problèmes de vue ou d’audition, troubles du sommeil, autre maladie, fatigue chronique.

Selon les difficultés identifiées, d’autres bilans peuvent être proposés : bilan neuropsychologique, orthophonique, psychomoteur et ergothérapique. Ils affinent le diagnostic et orientent la stratégie de soin.

Pourquoi cela prend plusieurs consultations

Le TDAH s’accompagne très souvent d’autres difficultés associées, ou peut être imité par d’autres troubles. Des symptômes comme l’inattention, l’impulsivité ou l’instabilité émotionnelle ne sont en effet pas spécifiques au TDAH : ils peuvent apparaître dans le tableau clinique d’autres troubles.

Une partie du travail du médecin consiste donc à démêler ce qui relève du TDAH lui-même de ce qui relève d’un trouble distinct. Si un autre trouble explique à lui seul vos symptômes, ce n’est pas un TDAH, et la prise en charge se concentre sur ce trouble.
Mais un trouble associé peut aussi venir s’ajouter à un TDAH bien réel : poser malgré tout le diagnostic de TDAH reste alors essentiel, car il conditionne des interventions spécifiques.

Pour faire la distinction entre un diagnostic différentiel et /ou un trouble associé, le médecin s’appuie notamment sur la chronologie : le moment d’apparition des symptômes, leur évolution dans le temps, et leur réponse aux traitements déjà essayés. Les pistes explorées sont nombreuses : autres troubles du neurodéveloppement, troubles anxieux, dépression, trouble bipolaire, état de stress post-traumatique, addictions, troubles du sommeil ou troubles neurologiques.

C’est cette recherche, minutieuse pour distinguer les troubles associés ou un diagnostic différentiel, qui explique qu’un diagnostic fiable demande du temps plutôt qu’une réponse immédiate. Pour un développement plus complet des troubles associés au TDAH de l’adulte, voir l’article dédié « Comorbidités du TDAH de l’adulte ».

Auprès de qui vous adresser ?

Poser un diagnostic de TDAH relève d’un acte médical, pas d’un simple bilan psychologique isolé. Deux profils de médecins sont en mesure de le faire : les psychiatres et les neurologues d’une part, dont la spécialité couvre naturellement ce type de trouble ; un généraliste ou un addictologue d’autre part, à condition d’avoir suivi une formation dédiée au TDAH. Comme pour la plupart des troubles neurodéveloppementaux, cette formation initiale ne suffit pas indéfiniment : ces médecins sont invités à actualiser régulièrement leurs connaissances sur le sujet.

Concrètement, votre premier point de contact est souvent votre médecin généraliste. Il assure le repérage initial, et vous oriente si besoin vers un médecin formé au TDAH, ou vers un psychiatre ou un neurologue pour les situations plus complexes.

À partir de 2026, des Centres Ressources TDAH viennent compléter cette offre de second recours pour les situations les plus complexes.

Le dispositif de Plateforme de Coordination et d’Orientation (PCO), qui permet l’accès au diagnostic précoce, est réservé aux enfants de moins de 12 ans. Il ne concerne pas la démarche diagnostique de l’adulte, qui passe directement par le médecin généraliste, puis par le médecin formé ou spécialiste.

Quelle place pour les psychologues ?

Le diagnostic peut nécessiter l’intervention de plusieurs professionnels autour du médecin, qui reste le chef d’orchestre de cette évaluation.

Un psychologue formé au TDAH a toute sa place dans cette équipe, en apportant un éclairage complémentaire plutôt qu’en se substituant à la décision médicale. Sa contribution peut porter sur la reconstitution de votre parcours développemental, ou sur l’évaluation de vos symptômes et de leur retentissement, à l’aide d’entretiens cliniques dédiés.

La décision finale reste toutefois entièrement médicale : c’est au médecin qu’il revient d’écarter les autres diagnostics possibles, d’identifier d’éventuels troubles associés, et de conclure ou non à un TDAH.

En résumé

Cette démarche, bien que parfois longue, permet d’aboutir à un diagnostic fiable et à une prise en charge adaptée à votre situation. Elle passe par un ou plusieurs entretiens avec un médecin formé, s’appuie sur le témoignage d’un proche quand c’est possible, et prend le temps d’écarter les autres explications avant de conclure. Pour en savoir plus sur les critères cliniques et les outils utilisés par les médecins, consultez notre article « Le Diagnostic de TDAH ».

Les informations fournies sur ce site sont destinées à améliorer et non à remplacer la relation directe entre le patient et le professionnel de santé. Seul un médecin peut poser un diagnostic de TDAH.

P.-S.

Article rédigé à partir de Conférences PSY SNC du 23 novembre 2005 avec la contribution du Dr Michel LECENDREUX (Paris) et du Dr Candice BLONDEAU (Bordeaux)

Notes

[1] HyperSupers - TDAH France, « Le Diagnostic de TDAH », tdah-france.fr, publié le 6 août 2026

[2] Adult ADHD Self-Report Scale, développé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en collaboration avec l’Université Harvard

[3] Dr Michel Lecendreux, « Diagnostic positif du TDAH chez l’adulte », Conférence donnée en 2006

[4] Dr Michel Lecendreux, « Diagnostic positif du TDAH chez l’adulte », Conférence donnée en 2006

[5] Diagnostic Interview for ADHD in adults

[6] Entretien d’évaluation du TDAH de l’adulte développé par Susan Young

[7] Therribout N., Romo L., Hennequin T. et al., Psychometric properties of ADHD screening and diagnostic tools in patients with severe substance use disorders, International Journal of Clinical and Health Psychology, 2026 ;26(1):100682. DOI : https://doi.org/10.1016/j.ijchp.2026.100682

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