L’enfant TDAH

TDAH chez l’enfant : particularités et vécu au quotidien

, par Christine Gétin, directrice, Nathalie Franc

Les enfants présentant un Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) touchent à tout, font du bruit, tripotent sans cesse un objet, sont incapables d’attendre leur tour, oublient et perdent leurs affaires. Leur humeur peut varier fortement sans que l’entourage en comprenne toujours la raison, et ils réagissent parfois de façon vive et démesurée par rapport à la situation.

Pour l’entourage familial, social ou scolaire, ce comportement est difficile à gérer : l’enfant avec TDAH est ainsi souvent rejeté, puni ou mis à l’écart, alors même qu’il est en quête d’affection et souvent angoissé.

Ces difficultés s’accompagnent pourtant d’autres traits, plus positifs : une imagination débordante, une grande créativité, une énergie mise au service de nombreux projets, et un intérêt marqué pour ce qui l’entoure. Ces qualités favorisent des échanges d’une grande richesse, à condition que le contexte s’y prête : calme, ambiance sereine.

Une expression qui évolue avec l’âge

Le TDAH ne se manifeste pas de la même façon tout au long de l’enfance : ses trois dimensions (inattention, hyperactivité et impulsivité) évoluent avec l’âge [1], [2]

Avant l’âge de 5 ans, le diagnostic est plus délicat à poser, les comportements typiques du TDAH pouvant se confondre avec ceux d’un développement normal à cet âge. Le trouble peut néanmoins être suspecté chez un jeune enfant très agité, qui court partout, se met en danger sans en avoir conscience et bouge dans tous les sens.

Entre 6 et 12 ans, l’enfant entre dans l’âge des apprentissages et des activités structurées : c’est souvent la période où l’hyperactivité motrice est la plus visible pour l’entourage, et celle qui conduit le plus fréquemment les parents à consulter [1]

Passé l’âge de 12 ans, cette agitation motrice a tendance à s’atténuer, tandis que le déficit d’attention et l’impulsivité deviennent les manifestations prédominantes [1],[2].

Un trouble identifié plus souvent chez les garçons

Le TDAH touche environ deux à trois garçons pour une fille durant l’enfance [2],[3], mais avec des manifestations parfois différentes : les garçons présentent plus fréquemment une hyperactivité visible, tandis que l’expression du trouble reste souvent plus discrète chez les filles, ce qui retarde fréquemment leur diagnostic [3]

Ce ratio se resserre nettement à l’âge adulte, un rapprochement que la littérature attribue en grande partie à une reconnaissance plus tardive du trouble chez les femmes plutôt qu’à une réelle différence de fréquence [2],[3].

Le vécu du TDAH au quotidien

Ce ne sont pas les symptômes du TDAH, en eux-mêmes, qui sont le plus problématiques, mais bien la gêne qu’ils entraînent pour l’enfant dans son quotidien, que ce soit en classe, avec ses amis ou en famille. Le risque principal du TDAH, s’il n’est pas reconnu et pris en charge, est que l’enfant se décourage, n’ait plus confiance en lui, voire développe une dépression.

Le TDAH peut en effet engendrer une réelle souffrance et avoir un impact négatif sur le quotidien de l’enfant ou de l’adolescent, dans ses relations sociales, à l’école et dans sa vie de tous les jours [2]. Si cette souffrance affecte chaque moment du quotidien et persiste dans le temps, une prise en charge est nécessaire, selon la Haute Autorité de Santé.

Voici les différents domaines qui peuvent être touchés.

La vie en classe

Le comportement scolaire est plus difficile car l’enfant TDAH, même s’il connaît les règles de la classe, aura du mal à les appliquer, du fait de son trouble et en particulier de son hyperactivité et de son impulsivité. Voici quelques exemples qui peuvent poser problème à l’enseignant, voire aux autres élèves de la classe.

Tout d’abord, la difficulté à rester assis sur sa chaise tout le temps de la classe, comme cela est demandé à partir du CP (en maternelle, les déplacements peuvent être autorisés ou en tout cas mieux tolérés). Lorsque l’enfant parvient à rester assis, il peut avoir du mal quand même à rester immobile : tendance à se tortiller sur sa chaise, jouer avec son matériel scolaire, faire tomber des objets, faire des bruits de bouche…

Lever le doigt pour prendre la parole et attendre d’être interrogé est difficile pour les enfants avec TDAH du fait de leur impulsivité, parfois aussi par peur d’oublier ce qu’ils ont à dire. Ce sont des enfants qui vont facilement couper la parole à l’enseignant ou aux autres élèves.

Les apprentissages et le travail vont être perturbés : l’inattention va entraver l’automatisation des apprentissages, si bien que ces élèves ont un risque beaucoup plus important de présenter un trouble dit « dys », c’est-à-dire un trouble spécifique des apprentissages, même si les liens entre TDAH et troubles « dys » sont complexes et ne se réduisent pas à un simple trouble de l’attention [2].

Au-delà de ces troubles spécifiques, les résultats scolaires ne sont pas à la hauteur des compétences de l’enfant avec TDAH, du fait des fautes d’étourderie, du manque d’organisation dans la structuration du travail, de l’impulsivité (tendance à tomber dans tous les pièges) …

Ce sont des enfants qui vont beaucoup rêvasser en classe et qui, parfois, n’ont aucun souvenir de la leçon du jour.

Un point assez spécifique aux enfants avec TDAH est la variabilité de leurs résultats : classiquement, ils réussissent mieux lorsque l’exercice est compliqué et échouent dans les exercices faciles ; ceci est à mettre en lien avec les fluctuations de leur engagement attentionnel.

L’impact du TDAH sur la vie en classe est donc conséquent, car ce sont des enfants qui fournissent des efforts importants pour tenter de respecter les règles de vie. Ils y consacrent une certaine énergie et obtiennent des résultats insatisfaisants. Même si les notes ne sont pas un objectif en soi, elles peuvent avoir un impact sur la confiance en soi de l’enfant, qui se vit « moins bon » que ses camarades.

À noter que les enfants TDAH avec inattention prédominante ont moins de problèmes de comportement en classe, mais auront une gêne au moins similaire pour les apprentissages. Malheureusement, le fait qu’ils soient calmes retarde souvent le diagnostic de TDAH en classe.

Les relations sociales

Que ce soit dans le cadre de l’école ou des activités en dehors, les relations sociales sont l’un des points les plus importants à évaluer. L’enfant avec TDAH est souvent en difficulté, voire en souffrance, dans ce domaine.

C’est l’impulsivité qui est souvent en cause : face à une difficulté à attendre, à attendre son tour, à laisser la parole, les autres enfants auront tendance à se détourner.

L’hyperactivité, parfois, peut également poser problème, car elle fatigue les autres enfants (trop de mouvement, de parole, de bruit). Il existe aussi des effets de stigmatisation : les enfants n’ont pas forcément envie de jouer avec un enfant qui est toujours puni et qui n’a pas le comportement attendu en classe.

Enfin, l’inattention peut jouer un rôle prépondérant : l’enfant avec TDAH va initier la relation, mais dans le maintien du lien avec les autres enfants, il peut manquer de réciprocité ; parfois il ne retient pas ce que lui disent ses camarades, parfois il n’applique pas les règles sociales habituelles et ne prête pas à l’autre une attention suffisante. C’est pourquoi tous les enfants avec TDAH peuvent être pénalisés dans leurs relations sociales, même sans hyperactivité ni impulsivité.

La vie à la maison

C’est l’un des points les plus problématiques. Généralement, ce ne sont pas les symptômes d’hyperactivité les plus compliqués à gérer en famille, car il existe une forme d’adaptation de la famille à cette modalité de comportement. En revanche, d’autres symptômes se révèlent particulièrement gênants au quotidien, car ils diminuent la compliance, c’est-à-dire la capacité de l’enfant à accepter les consignes et à les exécuter :

  • la difficulté à initier un effort (symptômes liés à l’inattention) complique la vie familiale ; ce sont des enfants qui ont du mal à s’y mettre, quelle que soit la contrainte, même légère : les parents décrivent des combats et négociations interminables pour se mettre par exemple aux devoirs, alors que ceux-ci peuvent finalement durer 5 minutes ;
  • le manque d’organisation et la difficulté à agir en routine sont un point central : les parents se retrouvent obligés de répéter chaque jour à l’enfant TDAH des séquences de consignes qui devraient être parfaitement automatisées (par exemple, aller se brosser les dents le soir pour un enfant de dix ans !). Les parents ont l’impression que leur enfant « découvre » chaque jour les tâches à faire, alors que ce sont les mêmes ;
  • la difficulté à écouter les consignes va de pair avec le fait que les parents répètent la même chose un grand nombre de fois. Dans les familles TDAH, les parents ont beaucoup plus souvent recours aux cris pour faire passer une consigne, car l’énoncer simplement ne suffit pas, ce qui altère la qualité des relations familiales et la sérénité du foyer ; la
  • difficulté à jouer seul et le besoin d’être au centre de l’attention caractérisent aussi l’enfant avec TDAH et ont un effet oppressant sur l’ensemble de la famille ;
  • les pertes et les oublis augmentent la charge des parents, qui se retrouvent à chercher derrière leur enfant, à récupérer les devoirs oubliés à droite et à gauche…

Enfin, d’autres difficultés peuvent s’y ajouter et compliquer d’autant plus le quotidien : par exemple, la difficulté à réguler ses émotions (aujourd’hui bien documentée comme une composante centrale du TDAH plutôt qu’un simple trouble associé, et retrouvée chez une large majorité des enfants avec TDAH [1],[2]), qui peut se traduire par des crises de colère lors des frustrations.

Au total, la vie de famille est souvent bien compliquée : les parents expriment que « tout est difficile, rien ne va de soi, il faut toujours être derrière l’enfant ». Il en résulte un sentiment d’incompétence parentale, un épuisement et un risque de dépression augmenté chez les parents. L’enfant perçoit généralement l’impact de son trouble sur sa famille, ce qui diminue sa confiance en lui ; il peut même se percevoir comme méchant, source de problèmes, et culpabiliser.

À retenir
L’enfant doit composer avec son TDAH dans tous les domaines de sa vie. Les symptômes auront un retentissement sur son comportement, ses performances et, par conséquent, sur ce que lui renvoient les personnes de son entourage (enseignants, parents, camarades). Le risque est que l’enfant se développe en ayant une faible estime de lui-même. Parfois, ses efforts ne seront pas forcément perçus par son entourage, et il risque de se décourager et de ne plus avoir envie de faire d’effort. La compréhension de son TDAH va ainsi permettre aux différents intervenants de développer des stratégies spécifiques pour l’encourager et le valoriser, afin qu’il puisse faire face à ses difficultés.

Une prise en charge multimodale

Face à ces particularités et à ce vécu, la prise en charge du TDAH chez l’enfant est multimodale : elle associe plusieurs approches complémentaires, choisies et ajustées avec les professionnels de santé selon l’intensité des symptômes et leur retentissement [1],[4] Elle se compose le plus souvent :

  • de la psycho-éducation des parents et/ou des patients ;
  • d’aménagements scolaires en classe ;
  • d’un traitement médicamenteux, ayant l’indication dans ce trouble, si nécessaire ;
  • de guidance parentale ;
  • de psychothérapies comportementales et cognitives ;
  • de rééducations (orthophonie, psychomotricité, remédiation cognitive, ergothérapie) en fonction des comorbidités présentes.
    La prescription de psychostimulants, comme les thérapies comportementales, a démontré son efficacité [1], [4]. Il est enfin important que les parents soient bien accompagnés pour comprendre le trouble de leur enfant et adopter des attitudes positives.

A lire TDAH : Diagnostic et interventions thérapeutiques

P.-S.

Un article rédigé par le Dr Nathalie Franc, pédopsychiatre au CHU Montpellier et la collaboration de Christine Gétin

Notes

[1Faraone S.V., Banaschewski T., Coghill D. et al., The World Federation of ADHD International Consensus Statement : 208 Evidence-based conclusions about the disorder, Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 2021 ;128:789-818. DOI : 10.1016/j.neubiorev.2021.01.022

[2Faraone S.V., Bellgrove M.A., Brikell I. et al., Attention-deficit/hyperactivity disorder, Nature Reviews Disease Primers, 2024 ;10:11.

[3Young S., Adamo N., Ásgeirsdóttir B.B. et al., Females with ADHD : An expert consensus statement taking a lifespan approach, BMC Psychiatry, 2020 ;20:404.

[4Haute Autorité de Santé (HAS), Trouble du neurodéveloppement/TDAH : repérage, diagnostic et interventions thérapeutiques chez l’enfant et l’adolescent, recommandations de bonne pratique, septembre 2024

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