Espace Adhérent

Thérapies et accompagnement- Questions

, par Dr Régis Lopez, Lucia Romo, Pr Pierre Castelnau, Vania Herbillon

QUESTIONS

Pierre CASTELNAU

Je tiens à souligner le point commun entre ces différentes approches qui ont été présentées et qui sont des formes personnalisées d’accompagnement au changement.

Vania HERBILLON

La première étape, fondamentale, reste l’annonce du diagnostic. Celui-ci permet d’apporter un soulagement à l’enfant et la famille, en ce qu’il introduit souvent un sentiment de déculpabilisation. Le diagnostic constitue un point de départ dans la construction du projet de soin. Le travail rééducatif peut cependant avoir tendance à s’essouffler : le travail sur l’estime de soi et sur la motivation chez les patients TDAH est un travail de long cours : il est donc nécessaire de bien travailler l’ensemble de ces aspects avant et pendant une thérapie. Les enfants TDAH présentent des troubles qui ont un impact sur la motivation, ce qui peut générer des parcours de soin discontinus.

De la salle

Les psychiatres pour adultes présents dans cette salle pourront-ils se rencontrer en fin de session afin d’échanger sur leurs pratiques personnelles de la prise en charge médicamenteuse du TDAH adulte, et de sa prise en charge au sens large ?

De la salle

Le TDAH présente-t-il des risques d’évolution vers une pathologie psychiatrique à l’âge adulte ?

Régis LOPEZ

En effet : ce risque est probablement lié au fait que de nombreuses pathologiques psychiatriques de l’adulte ont une composante neurodéveloppementale. Le TDAH peut évoluer de façon à associer, par exemple, le trouble de la régulation des émotions dans l’enfance aux troubles de l’humeur à l’âge adulte. Quant au trouble de l’attention, il peut présenter des conséquences sur le plan fonctionnel en générant des situations de détresse qui vont favoriser la dépression et un déficit de l’estime de soi à l’âge adulte, avec des stratégies d’adaptation inappropriées.

De la salle

Les dysfonctionnements de l’équilibre entre réseaux impliquent-ils systématiquement des perturbations sensori-motrices ? Pouvez-vous expliquer à quel niveau se produit le déséquilibre lors d’une crise de colère extrême chez un TDAH ? Comment les éviter ou les traiter ?

Pierre CASTELNAU

Je ne suis pas certain de la réponse à la première question. Si les trois réseaux sont impliqués, il est difficile de déterminer précisément à quel endroit se produit le dysfonctionnement ni s’il se produit à un seul endroit ? Il y aurait une activation excessive du réseau par défaut qui empêcherait l’engagement dans une tâche dirigée vers un but puis le parasitage par des comportements impulsifs, inopportuns et parasites qui détournent le patient de la réalisation de tâches orientées vers un but.

S’agissant de la seconde question, je ne dispose pas d’une réponse scientifiquement assez rigoureuse. Les crises de colères sont des manifestations possibles mais non spécifiques du TDAH et il n’est pas possible de formuler une réponse spécifique au TDAH sur ce point me semble-t-il.

De la salle

Les techniques d’entretien motivationnel sont-elles également utilisées par les coaches en entreprise pour l’adaptation au travail ?

Lucia ROMO

En effet : ces techniques sont utilisées dans le développement personnel. Elles sont adaptées tant aux adultes qu’aux enfants et aux adolescents.

De la salle

L’hypnose suppose-t-elle nécessairement un thérapeute formé spécifiquement au TDAH ?

Pierre CASTELNAU

Pas nécessairement. Ce qui compte c’est de bien définir l’objectif. Par exemple de travailler l’estime de soi avec l’enfant. Je profite de cette occasion pour repréciser aussi qu’il s’agit de faire appel à de l’hypnose thérapeutique. Il ne s’agit pas de « street hypnose » ou « d’hypnose de spectacle », qui utilisent les mêmes circuits, mais n’ont pas les mêmes intentions.

L’hypnose thérapeutique a pour but d’accompagner une personne dans un changement qui lui est bénéfique et dont elle est l’acteur principal. L’hypnothérapeute n’est ni un magicien ni un magnétiseur ni un extra-terrestre. C’est un thérapeute formé qui accompagne le patient dans un cheminement bénéfique. Pour cela ll est nécessaire d’avoir construit un projet précis, une intention avec le patient.

On peut faire de l’hypnose thérapeutique chez des enfants très jeunes, avec des supports adaptés. Personnellement, j’utilise l’hypnose Ericksonnienne notamment à l’aide de contes et en faisant appel à la pensée métaphorique chez des enfants avec TDAH de 7 à 14 ans. Et en effet je pense que l’hypnose ou la méditation de pleine conscience fonctionnent très bien dans le TDAH notamment pour rétablir une meilleure estime de soi.
Bien conduit, cela peut vraisemblablement s’avérer intéressant dans d’autres troubles du neurodéveloppement.

De la salle

Faut-il parler du TDAH à son employeur ? Quid de la prise en charge RQTH dans les entreprises ?

Régis LOPEZ

La RQTH est une reconnaissance d’un handicap, dont l’objectif est de favoriser le maintien dans l’emploi d’une personne souffrant d’un handicap, quel qu’il soit. Son objectif est triple : favoriser l’accès et le maintien dans l’emploi pour des personnes en situation de handicap, faciliter la réorientation professionnelle et travailler sur l’adaptation du poste de travail. Avant de parler du TDAH à l’employeur, il est important d’en parler au médecin du travail. Les aménagements de poste doivent être envisagés au cas par cas.

De la salle

En ce qui concerne l’addiction aux écrans, le TDAH en est-il un facteur aggravant ? Les écrans sont-ils plus nuisibles à ces enfants qu’à d’autres ?

Lucia ROMO

On ne parle pas d’addiction aux jeux vidéo, mais d’un usage problématique des jeux vidéo. Un TDAH est un facteur de risque : le jeu vidéo génère en effet une excitation comme une grande concentration. Chez les jeunes, il est nécessaire d’instaurer un travail familial et de faire usage de techniques comportementales, notamment sur la pleine conscience. Il convient de distinguer les jeux vidéo d’Internet et des réseaux sociaux.

Pierre CASTELNAU

Rappelons-le l’appétence aux jeux vidéo est générale à l’ensemble des enfants d’aujourd’hui. Les recommandations de consommation des écrans doivent être les mêmes que pour tout enfants et à ma connaissance il n’y a pas de recommandations spécifiques aux enfants TDAH sur ce plan. Il y a des recommandations des académies et des sociétés savantes faciles à trouver sur internet. Comme par exemple : pas de télévision avant 3 ans. Hé oui ! …

Dans le TDAH, il est possible que les jeux vidéo correspondent à une satisfaction rapide, avec une sollicitation émotionnelle suffisamment forte pour enclencher l’action tendue vers un but et désactiver le réseau de repos. Il s’agit d’un paradigme expérimental qui convient bien à ce type de profils. C’est une des raisons pour laquelle les protocoles de remédiation cognitive et de neurofeedback utilisent beaucoup les jeux vidéo.

Et pour conclure cette session sur une pirouette je vous rappelle que vous avez tous depuis longtemps chez vous un robot hypnotiseur de spectacle dans votre salon, qu’on appelle « télévision » !

  • Partager :