L’adulte TDAH

TDAH chez les femmes : le trouble que la société ne veut pas voir

, par Christine Gétin, directrice

Pendant des années, le TDAH a été présenté comme le trouble du « petit garçon turbulent ». Celui qui court partout, coupe la parole, grimpe sur les tables et épuise son entourage. Cette représentation très caricaturale a profondément marqué les familles, l’école, mais aussi le regard des professionnels de santé.

Conséquence directe : des milliers de femmes sont passées complètement sous les radars. Non pas parce qu’elles n’avaient pas de TDAH, mais parce qu’elles ne correspondaient pas à cette image masculine du trouble.

Aujourd’hui encore, de nombreuses femmes découvrent leur TDAH à l’âge adulte, parfois à 30, 40 ou 50 ans, souvent après le diagnostic de leur propre enfant. Beaucoup décrivent alors un véritable choc : celui de comprendre enfin des années de difficultés, de culpabilité et d’incompréhension.

Car ce retard diagnostique est loin d’être anodin. Il a des conséquences profondes sur la santé mentale, l’estime de soi, les études, la vie professionnelle, les relations affectives et familiales, et parfois même sur la sécurité des personnes concernées.

Les recherches récentes montrent clairement que ce sous-diagnostic du TDAH chez les femmes ne s’explique pas par une absence de symptômes. Il résulte surtout de biais sociaux, éducatifs et médicaux encore très présents.

Des symptômes plus discrets, mais tout aussi invalidants

Chez les femmes, le TDAH se manifeste plus fréquemment par des difficultés d’attention, une désorganisation chronique, des oublis, une surcharge mentale permanente ou encore une grande fatigue cognitive. Beaucoup décrivent également une forte sensibilité émotionnelle et le sentiment constant d’être débordées malgré des efforts considérables.

Ces formes dites « inattentives » sont beaucoup moins visibles que l’hyperactivité classiquement associée aux garçons. Une petite fille rêveuse, distraite ou désorganisée sera facilement décrite comme « dans la lune », « émotive », « peu motivée » ou « mal organisée », là où un garçon agité attirera beaucoup plus rapidement l’attention de l’entourage et des enseignants.

Le problème est que les critères historiques du TDAH ont longtemps été construits à partir d’études menées principalement chez des garçons. Les formes féminines du trouble ont donc été insuffisamment reconnues pendant des décennies.

Des stratégies de compensation épuisantes

Très tôt, beaucoup de filles développent des stratégies pour masquer leurs difficultés. Elles passent un temps considérable à essayer de compenser leur désorganisation, vérifient tout plusieurs fois, surpréparent chaque tâche et travaillent souvent beaucoup plus que les autres pour maintenir l’illusion que tout va bien.

Certaines deviennent perfectionnistes, d’autres vivent dans une anxiété permanente de mal faire ou de décevoir. Beaucoup tiennent extérieurement, mais s’effondrent une fois seules chez elles.

Le paradoxe est cruel : plus une femme parvient à compenser, moins son TDAH est repéré.

Et comme la société attend encore très souvent des femmes qu’elles soient organisées, disponibles, attentives aux autres, émotionnellement stables et capables de tout gérer, beaucoup finissent par intérioriser leurs difficultés comme des défauts personnels.

Pendant des années, certaines se décrivent elles-mêmes comme « paresseuses », « nulles », « incapables », « immatures » ou « trop sensibles », alors qu’elles souffrent en réalité d’un trouble neurodéveloppemental méconnu.

Quand le TDAH est masqué par l’anxiété ou la dépression

Chez les femmes, le TDAH s’accompagne fréquemment d’autres troubles comme l’anxiété, la dépression, les troubles alimentaires, les troubles du sommeil, l’épuisement chronique ou encore une très faible estime de soi.

Le problème est que ces difficultés deviennent souvent le seul diagnostic retenu. On traite alors l’anxiété, puis la dépression, parfois le burn-out ou les troubles émotionnels, sans jamais remonter à la cause initiale.

De nombreuses femmes racontent avoir passé des années dans le système de soins sans que le TDAH ne soit évoqué une seule fois.

Certaines reçoivent même des diagnostics erronés de troubles de l’humeur, de troubles anxieux ou parfois de troubles de la personnalité avant que le tableau global ne soit enfin compris.

Des périodes de vie où tout bascule

Beaucoup de femmes parviennent à tenir tant bien que mal jusqu’à ce qu’un changement de vie fasse exploser leurs stratégies de compensation.

L’adolescence, les études supérieures, l’entrée dans la vie professionnelle, la maternité, la charge parentale ou encore la ménopause augmentent brutalement les exigences d’organisation, de gestion émotionnelle et de charge mentale.

Les fluctuations hormonales semblent également jouer un rôle important dans l’intensité des symptômes chez certaines femmes.

C’est souvent à ces moments-là qu’apparaît cette phrase que nous entendons très régulièrement :

« J’ai toujours eu des difficultés… mais maintenant je n’y arrive plus du tout. »

Un coût humain considérable

Le sous-diagnostic du TDAH chez les femmes ne relève pas d’un simple retard administratif. Il peut entraîner des parcours scolaires chaotiques, des orientations subies, des difficultés professionnelles importantes, des ruptures relationnelles, des situations de harcèlement ou de victimisation, des conduites à risque, des addictions et parfois des épisodes dépressifs sévères avec des idées suicidaires.

Mais l’une des conséquences les plus profondes reste souvent l’atteinte de l’image de soi.

Grandir avec un TDAH non reconnu, c’est passer des années à essayer de comprendre pourquoi les autres semblent réussir sans effort des choses qui demandent chez soi une énergie immense.

Il est temps de reconnaître pleinement le TDAH chez les femmes

Le TDAH chez les femmes existe. Il est fréquent. Pourtant, il reste encore largement invisibilisé.

Former les professionnels de santé, les enseignants et les psychologues aux spécificités féminines du TDAH est devenu indispensable. Il faut également sortir de l’idée selon laquelle seules les formes bruyantes et perturbatrices mériteraient d’être repérées.

Une femme épuisée qui lutte chaque jour pour tenir debout n’est pas « moins atteinte » parce qu’elle souffre en silence.

Un diagnostic précoce peut changer profondément une trajectoire de vie : meilleure compréhension de soi, accès à des soins adaptés, diminution de la culpabilité, amélioration de la santé mentale, des études, de l’insertion professionnelle et reconstruction progressive de l’estime de soi.

Pendant trop longtemps, les femmes avec un TDAH ont appris à se taire, à compenser et à s’épuiser pour paraître « normales ». Il est temps, enfin, de commencer réellement à les écouter.

P.-S.

Sources

  • Attoe, D. E., & Climie, E. A. (2023). Miss. Diagnosis : A Systematic Review of ADHD in Adult Women. Journal of attention disorders, 27(7), 645–657. https://doi.org/10.1177/10870547231161533
  • Young, S., Adamo, N., Ásgeirsdóttir, B. B., Branney, P., Beckett, M., Colley, W., Cubbin, S., Deeley, Q., Farrag, E., Gudjonsson, G., Hill, P., Hollingdale, J., Kilic, O., Lloyd, T., Mason, P., Paliokosta, E., Perecherla, S., Sedgwick, J., Skirrow, C., Tierney, K., … Woodhouse, E. (2020). Females with ADHD : An expert consensus statement taking a lifespan approach providing guidance for the identification and treatment of attention-deficit/ hyperactivity disorder in girls and women. BMC psychiatry, 20(1), 404. https://doi.org/10.1186/s12888-020-02707-9
  • Mestres, F., Richarte, V., Crespín, J. J., Torrent, C., Biel, S., Ramos, C., Ibáñez, P., Oltra-Arañó, L., Corrales, M., Amoretti, S., Fadeuilhe, C., & Ramos-Quiroga, J. A. (2025). Sex differences in adults with attention-deficit/hyperactivity disorder : A population-based study. European psychiatry : the journal of the Association of European Psychiatrists, 68(1), e90. https://doi.org/10.1192/j.eurpsy.2025.2441

Rédigé à l’aide d’une IA

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