Le 10 décembre 2025, la commission d’enquête sur les défaillances des politiques publiques de prise en charge de la santé mentale et du handicap et les coûts de ces défaillances pour la société a rendu son rapport, et l’a présenté en Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale le 17 décembre.
Ce document est le fruit de plusieurs mois d’auditions et d’analyses, auxquelles HyperSupers a participé pour faire entendre la voix des personnes TDAH en France. Il dresse un constat sans appel : les politiques publiques de santé mentale et de handicap ne répondent aujourd’hui ni aux besoins, ni à la coordination nécessaire et ont de lourdes conséquences humaines, sociales et économiques.
Pour HyperSupers, ce rapport constitue à la fois une confirmation des alertes portées depuis des années et un excellent moyen de renforcer le plaidoyer en faveur des personnes concernées par le TDAH et les TND.
Vous trouverez ci-dessous un compte rendu rapide du rapport, et retrouvez le rapport complet via ce lien :
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/cesanmen/l17b2234_rapport-enquete
1. Une politique publique de la santé mentale et du handicap en échec
Le rapport dresse un diagnostic assez sévère de l’état de la santé mentale en France, qualifiée de « situation alarmante » par les députés de la commission. Il met en évidence une hausse des troubles mentaux -en particulier chez les jeunes adultes et les enfants-, une augmentation des tentatives de suicide, et une inadéquation des réponses de l’Etat face à l’ampleur des besoins.
Le dispositif « Mon Soutien Psy » est aussi vivement critiqué pour son manque d’efficacité, son ciblage insuffisant et son incapacité à répondre à des situations complexes. Plus largement, le rapport souligne une offre de soins saturée, marquée par des pénuries de professionnels et des délais d’accès parfois très longs.
S’agissant du handicap, la commission pointe du doigt des lacunes dans le pilotage des politiques publiques, notamment sur les AESH et leurs défaillances, un suivi insuffisant de la scolarisation des enfants en situation de handicap, ou encore une absence de vision dans le parcours des personnes, de l’enfance à l’adulte. Les députés recommandent dans leur rapport d’obliger les rectorats à documenter systématiquement la scolarisation de chaque enfant en situation de handicap.
2. Les TND, le TDAH toujours mal compris et mal pris en charge
Le rapport consacre une grande partie aux TND et met aussi en lumière les carences spécifiques au TDAH, avec l’appui d’HyperSupers.
Le TDAH est encore trop souvent assimilé à des troubles du comportement, sur la base de guides-barèmes obsolètes, et cette mauvaise classification conduit à un manque d’effectivité de droits.
De plus, le rapport souligne une sous-prescription des traitements du TDAH, en décalage avec les recommandations internationales mais surtout avec les besoins réels.
Le manque de formation des professionnels de santé est aussi mis en avant dans le rapport, qui relève que 42% des parents d’enfants concernés estiment que le premier médecin consulté ne disposait pas d’une formation adéquate pour repérer ou comprendre le TDAH.
Ces insuffisances entraînent donc des diagnostics tardifs, des parcours de soins qui se retrouvent fragmentés et une accumulation de ruptures scolaires, sociales et professionnelles, avec des conséquences lourdes pour les personnes concernées et leurs familles, mais aussi un coût élevé pour la société.
3. Des coûts majeurs et des leviers non mobilisés
Au-delà du constat sanitaire, le rapport insiste sur le coût de ces défaillances pour la société :
- Des dépenses publiques élevées en santé mentale et handicap
- Une mauvaise allocation des ressources, faute de coordination et de stratégie globale
- Absence d’une logique de prévention et d’anticipation, pourtant économiquement et socialement plus efficace
La commission appelle à un changement de stratégie, en développant une logique « d’évaluation d’impact et de coûts vérifiés » afin de financer en priorité les dispositifs réellement efficaces, plutôt que d’augmenter les budgets sans vision d’ensemble.
Les travaux de la commission s’appuient notamment sur les auditions des acteurs associatifs dont celle de notre présidente et de notre directrice générale, qui sont citées dans le rapport. Elles y rappellent que le coût associé au manque de productivité des personnes TDAH est estimé à environ 16 milliards d’euros par an, et que les coûts globaux liés aux TND sont évalués à 28 milliards d’euros par an. [1]
A la suite de ce rapport, la commission estime qu’une proposition de loi ou un projet de loi est nécessaire, et pourrait être présenté début 2026, dans un contexte où la santé mentale a été reconduite comme Grande cause nationale. Pour les personnes concernées par les TND et le TDAH, ce rapport constitue une très bonne base de travail pour transformer ces constats en actions.