Le TDAH

Le Diagnostic de TDAH

, par Christine Gétin, directrice

Une fois le repérage effectué, le diagnostic de TDAH s’envisage en présence de symptômes dans les trois dimensions du trouble : inattention, hyperactivité et impulsivité. Il n’existe pas d’examen complémentaire ou de biomarqueur capable, à lui seul, de confirmer un TDAH [1] : le diagnostic est clinique, posé par un médecin formé à ce trouble, au terme d’entretiens, d’un examen clinique et d’un recueil d’informations auprès de l’entourage.

Le diagnostic positif

Durant les entretiens cliniques, le médecin s’attache à retrouver les différents symptômes et manifestations du TDAH, en nombre suffisant : 6 critères sur 9 dans la dimension inattention et/ou 6 sur 9 dans la dimension hyperactivité/impulsivité chez l’enfant (5 sur 9 dans chaque dimension chez l’adulte), tels que décrits dans le DSM-5 [2].

Les critères du TDAH, (version condensée s’appuyant sur le DSM-5)

Inattention Hyperactivité/Impulsivité
Ne prête souvent pas attention aux détails Remue souvent les mains ou les pieds, ou se tortille sur son siège.
A souvent du mal à soutenir son attention Se lève souvent alors qu’il devrait rester assis.
Semble souvent ne pas écouter Souvent court ou grimpe partout, dans des situations où cela est inapproprié
Souvent, ne termine pas ce qu’il commence A souvent du mal à se tenir tranquille dans les loisirs
A souvent du mal à organiser ses travaux A souvent "sur la brèche, comme monté sur un ressort
Evite souvent les tâches qui nécessitent un effort mental soutenu Souvent, parle trop
Perd souvent les objets nécessaires au travail Laisse souvent échapper la réponse avant que la question ne soit terminée
Se laisse souvent facilement distraire A souvent du mal à attendre son tour
A des oublis fréquents dans la vie quotidienne Interrompt souvent les autres ou impose sa présence

Le médecin s’assure de la présence des symptômes depuis l’enfance et, si possible, avant l’âge de 12 ans ; qu’ils ne sont pas de simples manifestations passagères liées à un contexte occasionnel ; qu’ils perdurent depuis plus de six mois ; et qu’ils sont présents dans différents contextes de vie (au moins deux). Il interroge également sur le retentissement des symptômes dans le quotidien de la personne.

Le diagnostic différentiel

Le diagnostic de TDAH est aussi un diagnostic différentiel : avant de se prononcer, le médecin prend la précaution d’éliminer les autres causes explicatives d’une agitation, d’une impulsivité ou d’un défaut d’attention (problèmes de vue ou d’audition, alimentation, sommeil, autre maladie ou état de fatigue chronique pouvant mimer des symptômes similaires).

La démarche diagnostique

La démarche peut être initiée par le médecin traitant qui orientera si nécessaire son patient vers un médecin formé au TDAH. Il peut s’appuyer sur des échelles (ASRS [3] ; SNAP-IV [4]) pour justifier l’orientation vers un médecin formé au TDAH ou orienter sont jeune patient (0-12 ans) vers une PCO en cas de suspicion de TDAH. (voir la page « Le repérage » pour le détail de cette première étape.)

La démarche peut nécessiter plusieurs entretiens, dont un entretien spécialisé dit psychiatrique, un examen clinique, et le recueil d’information auprès de l’entourage (parents, enseignants, conjoints ou autre intervenants). La fiabilité de l’évaluation, en particulier chez l’adulte, est renforcée lorsque le médecin peut recueillir, avec l’accord de la personne, le témoignage d’un proche (conjoint, parent) [5]

Diagnostic

Un diagnostic souvent plus tardif chez les filles et les femmes

Le TDAH est identifié en moyenne plus tardivement chez les filles et les femmes que chez les garçons et les hommes. Dans la population générale, le trouble touche environ deux à trois garçons pour une fille chez l’enfant, mais ce ratio se resserre nettement à l’âge adulte (Faraone et al., 2024) — un rapprochement qu’un consensus international d’experts attribue en partie à une reconnaissance plus tardive du trouble chez les femmes, plutôt qu’à une différence réelle de fréquence [6]. Plusieurs facteurs sont documentés : les échelles de repérage ont surtout été validées sur des échantillons majoritairement masculins ; le profil inattentif, moins visible que l’hyperactivité en classe ou en réunion, y est plus fréquent ; et les difficultés associées (anxiété, faible estime de soi) peuvent orienter, à tort, vers un autre diagnostic pris isolément. Cette vigilance mérite d’autant plus d’attention que des comorbidités anxieuses ou dépressives, posées seules, peuvent retarder de plusieurs années la recherche d’un TDAH sous-jacent.

Des signes qui peuvent orienter, selon qui vous êtes

Ces exemples de difficultés, non spécifiques au TDAH, peuvent orienter le médecin durant l’entretien — voir aussi la page « Le repérage » pour une description plus complète des signes évocateurs :

  • Ce que l’enfant décrit : peu ou pas d’amis ; en conflit avec les parents ; faible estime de soi.
  • Ce que l’adulte décrit : un besoin de changement fréquent ; du mal à conserver ses amitiés ; se sentir souvent sous pression, comme s’il y avait une urgence ; ne pas parvenir à s’organiser, être souvent en retard ; perdre régulièrement ses affaires.
  • Ce que la famille exprime : facilement distrait, n’écoute pas ; difficultés à s’organiser, oublis fréquents ; agité, ne reste pas assis, conduites parfois dangereuses ; coupe la parole, impatient.
  • Ce que rapporte le milieu scolaire : rêveur, dans la lune ; fluctuation des capacités de concentration ; agitation ; difficultés à se concentrer, à mémoriser, à être autonome.
  • Ce que le conjoint exprime : n’écoute pas quand on lui parle ; coupe la parole ; oublie des rendez-vous ou des événements ; perd ses affaires ; absence d’organisation ; n’arrive pas à décider.

Autres troubles pouvant être associés ou constituant un diagnostic différentiel à rechercher ou évaluer

  • Troubles du sommeil, (syndromes des jambes sans repos, hypersomnolence, apnées, …)
  • Trouble spécifique des apprentissages (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie)
  • Trouble du développement de la coordination (dyspraxie), dysgraphie
  • Troubles du comportement (troubles oppositionnels, trouble des conduites, etc.)
  • Comportement à risque (abus de substances psychoactives, mise en danger, etc.)
  • Troubles de l’usage de substances
  • Trouble du spectre de l’autisme (TSA)
  • Trouble du développement intellectuel (TDI), précocité intellectuelle
  • Troubles anxieux, dépression
  • Troubles bipolaires,
  • Troubles de la personnalité, etc

Chez l’adulte, une méta-analyse portant sur de larges études en population générale retrouve des associations marquées entre TDAH et troubles anxieux (risque multiplié par 5 environ), dépression (multiplié par 4,5), trouble bipolaire (multiplié par 8,7) et troubles de l’usage de substances (multiplié par 4,6), par rapport aux personnes sans TDAH [1]. Jusqu’à 70 à 80 % des personnes avec un TDAH présenteraient au moins un trouble associé au cours de leur vie [1] — d’où l’importance du diagnostic différentiel décrit plus haut. Voir aussi « TDAH, les troubles associés ou comorbidités ».
A lire TDAH, les troubles associés ou comorbidités

Les outils du médecin formé au TDAH

Guides d’entretien :

  • pour l’enfant, le KIDDIE-SADS ou la DIVA enfant (Young DIVA), traduite en français mais non encore validée ;
  • pour l’adulte, la DIVA-5, questionnaire d’entretien semi-structuré évaluant les symptômes et leur impact à la fois à l’âge adulte et dans l’enfance, sur la base des critères du DSM-5.

Échelles d’évaluation :
• L’ADHD-RS (Attention-Deficit Hyperactivity Disorder Rating Scale), échelle standardisée reprenant les 18 critères DSM du TDAH, en plusieurs versions (parents, enseignants).
• La SNAP-IV, échelle en 26 questions utilisée pour le dépistage et le suivi chez les enfants et adolescents de 6 à 18 ans.
• Les échelles de Conners (versions parents et enseignants) : en l’absence de validation en langue française, leurs algorithmes de cotation ne sont pas jugés suffisamment fiables pour être recommandés en routine ; l’outil reste intéressant pour le suivi des enfants et adolescents déjà diagnostiqués (source HAS, 2024).

Utilisés seuls, ces questionnaires exposent à un risque de faux positifs : ils sont utiles au repérage et au suivi, mais ne remplacent jamais l’entretien clinique, qui seul permet d’évaluer le retentissement, l’âge d’apparition des symptômes et leur présence dans plusieurs contextes de vie (Faraone et al.,2024 ; HAS TDAH, 2024).

Le médecin peut enfin s’appuyer sur des évaluations psychométriques et neuropsychologiques, qui permettent de mieux identifier les difficultés et d’étayer le diagnostic. Pour les adultes, il n’est pas rare que le médecin explore également les troubles de la personnalité et les autres troubles psychiatriques pouvant être associés.

D’autres bilans complémentaires

D’autres bilans peuvent s’avérer nécessaires selon les difficultés identifiées et les comorbidités éventuelles : orthophonie, psychomotricité, ergothérapie, etc. Ces bilans permettent de mieux détecter les troubles associés et servent à établir la stratégie de soin.

Le diagnostic se base sur des éléments cliniques essentiellement, et est fonction de l’ensemble des informations recueillies à propos des difficultés de l’enfant ou de l’adulte et du retentissement sur la vie quotidienne.

Intérêt des bilans

La stratégie de soin

Elle s’établit en coopération avec la personne concernée et son entourage, et se déploie selon plusieurs axes : la personne, l’entourage, l’environnement (école, travail).

  • La psychoéducation, première étape : bien connaître le TDAH et ce qu’il entraîne au quotidien.
  • Un traitement médicamenteux, selon la sévérité et le retentissement.
  • Une guidance parentale, pour aider les familles à mieux intervenir au quotidien.
  • Des interventions thérapeutiques de type thérapies cognitivo-comportementales.
  • Des aménagements scolaires.
  • Des aménagements au travail.
    La mise en place d’aménagements scolaires ou professionnels peut se faire avant même la certitude du diagnostic.

Pour aller plus loin selon votre situation

Les informations fournies sur ce site sont destinées à améliorer et non à remplacer la relation directe entre le patient et le professionnel de santé.

Notes

[1Faraone S.V., Bellgrove M.A., Brikell I. et al., Attention-deficit/hyperactivity disorder, Nature Reviews Disease Primers, 2024 ;10:11.

[2DSM-5 : Manuel Diagnostique et Statistique des troubles mentaux, version 5, American Psychiatric Association.

[3L’ASRS (Adult ADHD Self-Report Scale) est une échelle d’auto-évaluation de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) conçue spécifiquement pour le dépistage du TDAH chez l’adulte (18 ans et plus)

[4L’échelle SNAP IV-26 est l’un des outils de dépistage du TDAH en premier recours pour les parents et enseignants, composé de 26 questions, utilisable à partir de l’âge de 6-8 ans, dont les questions s’appuient sur les critères du DSM-IV pour le TDAH.

[5Faraone S.V., Bellgrove M.A., Brikell I. et al., Attention-deficit/hyperactivity disorder, Nature Reviews Disease Primers, 2024 ;10:11.

[6Young S., Adamo N., Ásgeirsdóttir B. B. et al., Females with ADHD : An expert consensus statement taking a lifespan approach, BMC Psychiatry, 2020 ;20:404.

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