Le TDAH

Comment savoir si c’est un TDAH ? Repérer le TDAH de l’enfant et de l’adulte

, par Christine Gétin, directrice

Le diagnostic de TDAH peut s’avérer complexe : il ne s’appuie pas sur un examen simple, de type prise de sang, permettant de dire « il l’a » ou « il ne l’a pas ». L’expression du trouble varie d’un individu à l’autre et selon l’âge ; c’est la persistance des symptômes dans le temps, leur présence dans différents environnements et leur retentissement au quotidien qui caractérisent le TDAH.

Avant ce diagnostic vient une étape distincte qui se nomme : le repérage.

Un repérage positif signifie « cela mérite d’être creusé », on ne peut pas encore affirmer « c’est un TDAH », il s’agit d’une nuance importante, qui évite à la fois de minimiser des difficultés réelles et de croire qu’un simple questionnaire pourrait suffir à conclure au diagnostic.

D’autres troubles peuvent en effet entraîner des symptômes qui ressemblent à ceux du TDAH : c’est le cas notamment d’un trouble des apprentissages, d’une précocité intellectuelle, de troubles anxieux, d’une dépression, d’un trouble bipolaire, d’une situation de maltraitance, d’un trouble du spectre de l’autisme ou d’un trouble du sommeil. Ces troubles peuvent aussi, à l’inverse, être associés au TDAH plutôt que de s’y substituer — d’où l’importance de ne pas se fier à un seul signe, et de laisser cette part d’analyse à un professionnel de santé.
L’association n’a pas vocation à fournir elle-même des outils de repérage ou de diagnostic : son rôle est d’expliquer ces démarches et d’orienter vers les bons interlocuteurs.

Les signes qui peuvent alerter

Au-delà des trois dimensions classiques que décrit la médecine — inattention, hyperactivité, impulsivité — le TDAH se traduit surtout, concrètement, par des difficultés dans la vie de tous les jours : à la maison, à l’école, au travail, dans les relations. Ce sont souvent ces répercussions, plus que les symptômes eux-mêmes, qui alertent l’entourage. Chez l’adulte le TDAH était présent dès l’enfance et on recherchera les manifestations durant l’enfance de manière rétrospective.

Chez l’enfant, cela peut se traduire par :

  • peu ou pas d’amis ;
  • des conflits fréquents avec ses parents ;
  • une faible estime de soi.

Chez l’adulte, cela peut se traduire par :

  • des difficultés à concilier vie professionnelle et vie familiale ;
  • des difficultés à s’organiser au quotidien et à planifier les tâches ;
  • une forte tendance à la procrastination, à remettre à plus tard, au risque d’attendre la dernière minute ;
  • une difficulté à initier une tâche, même simple ou importante, en l’absence d’un enjeu ou d’une échéance immédiate ;
  • des oublis fréquents, des affaires égarées facilement ;
  • des difficultés à entretenir des relations amicales durables ;
  • une prédisposition aux addictions.

Ce que la famille observe souvent, chez l’enfant comme chez l’adulte : facilement distrait·e, n’écoute pas ; oublis fréquents, difficultés à s’organiser ; agitation, difficulté à rester assis, conduites parfois dangereuses ; coupe la parole, se montre impatient·e ; parle sans filtre, sans toujours en mesurer les conséquences.

En classe, l’enfant peut sembler rêveur, « dans la lune », avec une capacité de concentration qui fluctue dans le temps.

Au travail, l’adulte peut avoir tendance à attendre la dernière minute pour rendre un travail, à ne pas anticiper ni tenir compte des impératifs de l’équipe, à avoir beaucoup de mal à finaliser un projet, ou à s’immiscer dans les conversations des autres.

Pris isolément, chacun de ces exemples est banal : tout le monde oublie parfois un rendez-vous ou remet une tâche au lendemain. Ce qui distingue un simple trait de caractère d’un TDAH à repérer, c’est la combinaison de trois éléments : la fréquence et l’intensité de ces manifestations, leur présence dans plusieurs contextes de vie (pas seulement à la maison, ou seulement au travail ou à l’école), et surtout leur retentissement réel sur le quotidien : difficultés scolaires ou professionnelles, tensions familiales ou de couple, fatigue, perte de confiance en soi. C’est ce retentissement qui doit alerter, bien plus que le nombre exact de signes présents, et lui seul justifie d’en parler à un professionnel de santé.

Qui peut repérer, et vers qui s’oriente-t-on ensuite ?

Le médecin qui est en contact régulier avec la famille [1] est la personne clé pour repérer un TDAH possible et orienter la suite du parcours. Il s’appuie notamment sur :

  • des entretiens avec l’enfant et ses parents, ou avec l’adulte. (antécédents médicaux et familiaux, spère familiale, environnement scolaire ou professionnel, …)
  • un examen clinique ;
  • des échelles ou des entretiens spécifiques au TDAH utilisés en consultation (SNAP-IV [2], ASRS [3])
  • une recherche des diagnostics associés ou différentiels : trouble des apprentissages (dyscalculie, dysorthographie, dyslexie), trouble du développement de la coordination TDC (dyspraxie), trouble du spectre de l’autisme TSA, trouble de l’opposition avec provocation TOP, trouble du développement intellectuel TDI, troubles des conduites TC, troubles de l’usage de substances, troubles anxieux ou dépression, troubles bipolaires, troubles du
    sommeil, troubles de la personnalité (chez l’adulte) ou encore une exploration pour évaluer la présence d’une éventuelle précocité intéllectuelle.

La filière de soin :

Avec la création des centres ressources du TDAH, à présent le parcours se présente sous la forme d’une filière de soins TDAH, qui distingue une offre de premier recours et une offre de second recours :

Filière de soin TDAH
Premier recours (généraliste, PMI, pédiatre, médecin scolaire), carnet de repérage TND + PCO pour les moins de 12 ans, orientation directe secteur libéral/public pour les 12 ans et plus ; second recours (médecin expert, Centres Ressources TDAH 2026).
@HyperSupers TDAH France

  • Premier recours - repèrage et orientation. Le médecin généraliste, le médecin de PMI, le pédiatre ou le médecin scolaire repèrent et orientent :
    • Pour les moins de 12 ans, un carnet de repérage des troubles du neurodéveloppement (TND) peut être renseigné et transmis à une Plateforme de Coordination et d’Orientation (PCO), qui organise et finance les bilans nécessaires avant même qu’un diagnostic ne soit posé — y compris pour les familles qui n’auraient pas les moyens d’avancer ces frais [4].
    • À partir de 12 ans (adolescents et adultes), l’orientation se fait directement vers le secteur libéral ou le secteur public (hospitalier et médico-social), pour la suite du parcours. Chez l’adulte les addictologues et les services d’addictologie sont souvent formés au TDAH
  • Diagnostic et interventions. Un médecin formé au TDAH, ou un médecin spécialiste [5] pose le diagnostic et propose une prise en charge adaptée.
  • Second recours En cas de situation nécessitant plus d’expérience ou d’une situation complexe, l’orientation se fait vers un médecin plus expert : psychiatre, pédopsychiatre, pédiatre, neurologue ou neuropédiatre, addictologue formé. Des Centres Ressources TDAH se mettent en place au cours de l’année 2026, dans chaque région.

Chez l’adulte : une vigilance qui repose surtout sur soi-même et son entourage

Il n’existe pas, pour les adultes, de dispositif comparable au carnet de repérage TND ou à la PCO des moins de 12 ans : la filière décrite ci-dessus les oriente directement vers le secteur libéral ou public pour le diagnostic. En pratique, le repérage adulte repose donc davantage sur la vigilance de la personne elle-même, de son entourage, ou d’un professionnel de santé de premier recours (médecin traitant, médecine du travail), qui pourra s’appuyer, s’il le juge utile, sur des questionnaires cliniques validés. Fournir ou administrer ce type d’outil n’est pas le rôle de l’association : notre rôle est de vous aider à comprendre ce qu’est le repérage et à identifier vers qui vous tourner. Si vous vous reconnaissez dans les descriptions de cette page, la première étape est d’en parler à un professionnel de santé.

Point important : le TDAH étant un trouble du neurodéveloppement, ses manifestations doivent avoir débuté avant l’âge de 12 ans pour que le diagnostic puisse être posé, y compris à l’âge adulte. Le repérage chez l’adulte suppose donc aussi de rechercher des signes qui existaient déjà dans l’enfance, même s’ils n’avaient pas été identifiés comme tels à l’époque : ils peuvent réapparaître au fil d’une discussion avec ses parents, à la lecture d’anciens bulletins scolaires, ou simplement en se remémorant sa scolarité. Cette absence de dispositif dédié explique en partie pourquoi le chemin vers un diagnostic reste souvent plus long et plus complexe pour les adultes que pour les enfants.

Après le repérage : de l’orientation à la prise en charge

Un repérage positif, chez l’enfant comme chez l’adulte, n’entraîne pas la mise en place de traitement automatique. En attendant la confirmation du diagnostic, le médecin de premier recours peut déjà :

  • orienter vers un médecin spécialisé ou une structure telle qu’une PCO ou un centre ressource, si un TDAH est suspecté ;
  • informer la famille ou la personne concernée de cette hypothèse et de la nécessité d’entreprendre une démarche auprès d’un médecin formé au TDAH ;
  • donner des conseils et des stratégies pour gérer les difficultés au quotidien ;
  • expliquer le TDAH et ses spécificités ;
  • orienter vers une association de patients ;
  • proposer une prise en charge pour les troubles associés déjà identifiés ;
  • proposer des mesures d’accompagnement scolaire ou professionnel.

Une fois le diagnostic posé, le médecin de famille peut organiser le suivi en coordination avec le spécialiste et les autres intervenants, et revoir régulièrement l’enfant et sa famille, ou l’adulte, pour suivre l’évolution des symptômes.

Les prises en charge possibles combinent le plus souvent :

  • des interventions non médicamenteuses : psychoéducation, thérapies cognitivo-comportementales, guidance parentale, aménagements scolaires, aménagements au travail ;
  • une prise en charge médicamenteuse, si elle est indiquée : le méthylphénidate, la dexamphétamine, la lisdexamfétamine, ou des traitements non psychostimulants (atomoxétine, guanfacine, clonidine).

À l’inverse, un repérage négatif ne doit pas empêcher de consulter si les difficultés persistent et inquiètent : les outils de repérage sont utiles, mais imparfaits, et ne remplacent jamais l’avis d’un professionnel.

A regarder

Le repérage chez l’enfant une vidéo de la chaine youtube

Les informations fournies sur ce site sont destinées à améliorer et
non à remplacer la relation directe entre le patient et le
professionnel de santé.

P.-S.

Notes

[1ou médecin de premier recours (généraliste, médecin de PMI, pédiatre, médecin scolaire

[2L’échelle SNAP IV-26 est l’un des outils de dépistage du TDAH en premier recours pour les parents et enseignants, composé de 26 questions, utilisable à partir de l’âge de 6-8 ans, dont les questions s’appuient sur les critères du DSM-IV pour le TDAH.

[3L’ASRS (Adult ADHD Self-Report Scale) est une échelle d’auto-évaluation de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) conçue spécifiquement pour le dépistage du TDAH chez l’adulte (18 ans et plus)

[4Santé.fr / Ministère de la Santé, « Repérage et prise en soins des troubles du neuro-développement grâce aux Plateformes de Coordination et d’Orientation (PCO) » ; voir aussi Enfant différent, « Les Plateformes de coordination et d’orientation (PCO) »

[5pédopsychiatre, pédiatre, neuropédiatre, psychiatre, ou addictologue

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