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Apport de l’entretien motivationnel en thérapie

, par Lucia Romo

Lucia Romo

Psychologue, Professeur à l’Université de Nanterre ; Psychologue clinicienne Centre Hospitalier Sainte Anne CMME et Unité Inserm U894 (Centre de Psychiatre et Neurosciences Paris).
Lucia Romo est professeur de psychologie clinique à l’Université de Paris Nanterre.

Avant même de commencer un programme thérapeutique, il est nécessaire d’être motivé, car il existe un risque réel d’abandon, avec des conséquences qui n’avaient pas été envisagées.

Dans ce but, il existe un outil très utilisé, en l’occurrence les entretiens motivationnels. L’objectif n’est pas de dire au patient ce qu’il doit faire. Il ne s’agit ni de diriger ni de suivre, mais de guider la personne vers un changement de ses habitudes de vie. Ce type d’entretien part d’un partenariat : le thérapeute est présent pour aider, dans le cadre d’une relation qui n’est pas asymétrique. Ces entretiens ne visent pas à dire à la personne ce qu’elle doit faire, mais à amener les personnes à prononcer des phrases motivationnelles, qui marquent un réel désir de changement. L’objectif est d’écouter la personne et de l’amener vers ce changement. Il ne s’agit pas d’une psychothérapie à part entière, mais d’un accélérateur d’une intervention qui viendra par la suite et sera plus structurée. Cet outil est transversal et ne se limite pas au seul TDAH. Il s’agit de permettre au patient de déterminer ce qu’il veut changer, et s’il s’en sent capable. Dès lors que ce désir de changement a été accéléré, il convient d’aller vers des prises en charge adaptées. L’entretien motivationnel n’est pas une perte de temps : il en fait gagner à long terme, car il limite les risques d’abandon et augmente l’engagement dans l’intervention.

Le processus prévoit une série d’étapes permettant progressivement au patient de se sentir compétent. Ce schéma est différent en fonction des personnes. Ces étapes portent sur l’engagement thérapeutique, la focalisation sur les problèmes, l’évocation des priorités et la planification des changements. L’ambivalence est normale, car le patient peut avoir peur de perdre des avantages en changeant : il convient d’aider la personne à sortir de cette ambivalence, en sachant éviter les mauvaises questions. La question du « Pourquoi ? » est toujours compliquée pour un patient. Le « Comment ? » est toujours plus facile à comprendre – et il est plus facile d’y répondre. Notre premier objectif est de déterminer ce que le patient sait sur le TDAH, avant de donner les informations de façon dosée, et non de façon abrupte ou dense. Des travaux ont été menés sur le TDAH et l’entretien motivationnel, mais ils restent peu nombreux à ce jour : d’autres travaux doivent être menés sur cet outil, conçu comme un accélérateur d’autres prises en charge possibles pour les TDAH. Nos patients ont besoin d’être valorisés pour s’engager. Ce qui compte le plus pour les gens, ce sont leurs valeurs : il convient de les explorer avec eux. Cette démarche est complémentaire de celle qui a été présentée précédemment et introduit de nouveaux types de thérapie, notamment le travail sur la flexibilité cognitive ou le travail sur l’aspect émotionnel qui permet de mieux accepter ses émotions.

En conclusion, l’entretien motivationnel est un outil qui devrait être développé auprès des professionnels, au-delà des seuls psychologues, afin d’avancer avec les patients. Il s’agit d’un outil collaboratif, symétrique, qui accélère les changements et qui s’adapte à des groupes spécifiques. Pour le développer, des recherches longitudinales sont aujourd’hui nécessaires.

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