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Le prix Ribot-Dugas 2011 Sophie Donnadieu

, par Christine Gétin

Le Trouble Déficit de l’Attention/Hyperactivité (TDAH) : retard développemental ou trouble spécifique de l’attention sélective ?

Auteurs : Sophie Donnadieu, Carole Berger, Christian Marendaz et Annie Laurent

Présentation de l’équipe

Ce projet requiert la collaboration de membres appartenant au Laboratoire de Psychologie et NeuroCognition (LPNC), implanté à l’Université de Savoie (Chambéry) et à l’Université Pierre Mendès France (Grenoble) et de membres de la Clinique Universitaire du pôle Neurologie & Psychiatrie du CHU de Grenoble.

Les recherches abordées au sein du LPNC portent sur le fonctionnement cognitif humain dans les domaines de la perception et de l’action d’une part, de la mémoire, du langage et des apprentissages d’autre part.

Les membres associés au projet présentent des compétences dans les domaines tels que les processus perceptivo-attentionnels visuels (Christian Marendaz, Professeur en psychologie, UPMF, LPNC) et auditifs (Sophie Donnadieu, Maître de Conférences en Psychologie, Université de Savoie, LPNC) ainsi que dans le domaine de la psychologie du développement (Carole Berger, Maître de Conférences, Université de Savoie, LPNC).

Le Dr. Annie Laurent représente la collaboration avec la Clinique Universitaire de Psychiatrie du CHU de Grenoble.

Déficit attentionnel : noyau dur du trouble TDAH ou conséquence ?

Selon le Manuel Diagnostic et Statistique des troubles mentaux (DSM-IV-TR, APA, 2004), trois symptômes sont en jeu dans le TDAH : le déficit attentionnel, l’hyperactivité et l’impulsivité. Si les 2 derniers symptômes sont peu discutés, la réelle implication d’un déficit attentionnel dans le TDAH est actuellement fortement débattue dans la littérature, alors même que la dénomination du trouble renvoie explicitement à cette notion. Selon Barkley (1990) par exemple, les difficultés d’attention ne sont envisagées que comme des conséquences d’un déficit d’inhibition comportementale. L’idée que l’attention puisse ne pas être impliquée dans le TDAH soulève d’importantes questions théoriques et cliniques. En effet, si tel est le cas, pourquoi est-il explicitement fait état d’un trouble de l’attention ? Cette question est essentielle car elle implique alors de redéfinir le trouble et de revoir la définition du TDAH telle qu’elle est proposée dans le DSM-IV.

Deux problèmes sont sans doute à l’origine des difficultés rencontrées par les chercheurs sur cette question de la présence ou non d’un déficit d’attention dans le TDAH : 1) l’attention est un concept multidimensionnel et 2) elle correspond à une fonction cognitive qui se développe jusqu’à l’adolescence.

L’attention : un concept multidimensionnel !

Une des difficultés rencontrée par les chercheurs sur l’implication d’un déficit attentionnel dans le TDAH est sans doute liée à l’aspect multidimensionnel de l’attention. A l’école par exemple, l’attention de l’enfant sera sollicitée de différentes manières :

- 1) il devra écouter ce que dit le professeur sans se laisser distraire par le bruit ou par ses propres pensées (distractivité externe et interne) ;

- 2) réaliser un exercice long et monotone ou encore

- 3) lire des informations au tableau tout en écoutant ce que dit le professeur par exemple.

Ces trois situations ne sollicitent pas les mêmes types de processus attentionnels. Dans la première situation, c’est bien la capacité de l’enfant à sélectionner une information importante parmi d’autres, moins importantes, qui est sollicitée. Il s’agit donc d’ignorer (ou inhiber) l’information non pertinente de façon à mieux traiter l’information pertinente à un moment donné. Cette forme d’attention est dite sélective. Dans le deuxième cas, on parlera d’attention soutenue qui permet, une fois l’information sélectionnée, de maintenir cette sélection pendant une période de temps. Il est ici fait référence à un processus permettant de persévérer dans une tâche indépendamment du degré de difficulté. Enfin, la troisième situation fait intervenir la capacité de l’enfant à traiter simultanément deux ou plusieurs types d’informations et permet d’accomplir deux tâches de façon concomitante avec succès.
C’est la présence d’un déficit de l’attention sélective qui est actuellement beaucoup discutée dans la littérature. Les parents et éducateurs rapportent pourtant très fréquemment des problèmes de distractibilité externe, particulièrement présente dans la forme « Impulsivité/Hyperactivité », et de distractibilité interne, dans la forme « inattentive ». Ces éléments vont dans le sens de la présence d’un déficit d’attention sélective.

Attention sélective spatiale versus temporelle

 : Les quelques études dont les résultats suggèrent que l’attention sélective pourrait ne pas être déficitaire chez les patients TDAH utilisent généralement des épreuves consistant à demander aux sujets de détecter une information cible (pertinente) présentée simultanément en présence de stimuli non pertinents (Booth et al., 2005). Ce type d’épreuve met en jeu une forme d’attention sélective spatiale. Or, de nombreuses tâches de la vie quotidienne nécessitent que l’attention soit portée successivement sur plusieurs informations qui arrivent les unes après les autres. Cette capacité cognitive fait référence à l’attention sélective temporelle. Barkley (2001) souligne lui-même la présence d’un déficit du traitement du temps dans le TDA/H. Certains auteurs (Toplack et al. , 2006) suggèrent qu’un déficit du traitement temporel puisse être à l’origine du TDAH. Or, si l’attention sélective est étudiée en considérant les facteurs temporels, il est alors fréquemment rapporté des difficultés de cette forme d’attention chez les sujets TDAH. Ces études ont en particulier comparé le phénomène du « Clignement Attentionnel » de patients TDAH à celui de sujets contrôles (Li et al., 2004). Le « Clignement Attentionnel » témoigne d’une limite de notre attention pour traiter de façon consciente une information lorsqu’elle arrive peu de temps après une première information qui est en train d’être analysée. En effet, pour être correctement perçues, les informations pertinentes (sur lesquelles il est demandé de concentrer son attention) sont supposées être dans un premier temps sélectionnées, pour être ensuite traitées lors d’une seconde étape en mémoire à court terme. Afin que durant ce temps, l’attention ne soit engagée que sur les seules informations pertinentes, une « porte attentionnelle » se ferme. Toute information cible arrivant pendant la période de fermeture de la porte attentionnelle ne sera donc pas perçue. Le rôle de la porte attentionnelle serait donc d’engager l’attention sur une information pertinente afin de mieux la traiter, tout en inhibant les informations non pertinentes qui la suivent. Suite à la réouverture de la porte attentionnelle, l’attention pourrait être réengagée sur de nouvelles informations arrivant ultérieurement. Un tel modèle a l’intérêt de proposer une explication des problèmes d’engagement et de désengagement de l’attention dans le TDAH. En effet, selon certains auteurs (Li et al., 2004), la dynamique (temps d’ouverture et de fermeture) de cette « porte » attentionnelle serait ralentie chez les individus présentant un TDAH, ce qui expliquerait que le Clignement Attentionnel observé chez ces personnes dure plus longtemps par exemple.

Retard développemental ou déficit spécifique de l’attention ?

Cette hypothèse développementale a été relativement peu testée. Elle s’avère pourtant être particulièrement intéressante dès lors que l’on considère les études traitant du développement des compétences attentionnelles et des structures corticales qui les sous-tendent. Ces études suggèrent ainsi un développement relativement long qui se poursuit pendant l’adolescence de façon régulière et qui semble intrinsèquement lié à la maturation du cortex préfrontal qui serait plus tardive et plus longue que celle des autres régions du cerveau (Chevalier, 2010). Ce développement cortical serait retardé d’environ trois ans chez les enfants souffrant d’un TDAH (Shaw et al., 2007). Ces connaissances, associées aux observations cliniques qui montrent qu’un tel trouble évolue de l’enfance à l’âge adulte (certains symptômes présents à 7 ans ne seront plus nécessairement les mêmes à 15 ou 30 ans) ; suggèrent que l’étude des capacités attentionnelles chez des enfants TDAH ne peut se faire sans tenir compte des effets développementaux. Une telle approche développementale est pourtant très rarement adoptée par les chercheurs évaluant la présence d’un déficit attentionnel dans le TDAH.

Quels enjeux théoriques et cliniques pour la recherche ?

L’objectif du projet de recherche actuellement mené par une équipe de recherche des Universités de Savoie et de Grenoble (UPMF) associée au CHU de Grenoble, est de caractériser les troubles d’attention sélective temporelle chez les individus présentant un TDAH. Il s’agit : 1) de montrer que des troubles de l’attention sélective sont présents particulièrement dans les situations impliquant un traitement temporel de l’information, et 2) de montrer que les troubles attentionnels observés correspondent à un retard développemental plutôt qu’à un déficit spécifique des processus attentionnels impliqués comme le suggère une première étude (Donnadieu et al., 2010). L’hypothèse qui sous tend le projet de recherche est que les performances d’individus avec un TDAH peuvent être déficitaires lorsqu’elles sont comparées à celles d’individus de même âge chronologique alors qu’elles peuvent être comparables à celles d’individus plus jeunes. L’analyse développementale consiste à comparer l’attention sélective temporelle des différents groupes d’âge afin de déterminer le développement de celle-ci. L’analyse liée à l’effet de la pathologie (comparaison des individus TDAH aux individus contrôles) permet d’établir la part d’un délai de celui d’un déficit de cette forme d’attention sélective.
La mise en évidence d’un retard développemental de l’attention plus que d’un dysfonctionnement de celle-ci dans le TDAH impliquera une remise en question des modèles actuels du TDAH. Par ailleurs, du point de vue de la pratique clinique, la question relative à un déficit ou non de l’attention s’avère cruciale pour le diagnostic d’une telle pathologie. En effet, il est essentiel que soient clairement délimités les problèmes attentionnels supposés déficitaires. En particulier, sont-ils de même nature dans la forme mixte que dans la forme inattentive ? Sont-ils véritablement absents dans la forme hyperactivité/impulsivité, alors même que les auteurs décrivent dans cette population des problèmes de distractivité externe ? Ce n’est que lorsque des réponses à ces questions pourront être apportées que les médecins, psychologues et neuropsychologues pourront développer des tests d’évaluation de ces fonctions pour ainsi proposer des outils diagnostics fiables.

Bibliographie

American Psychiatric Association. (2004). DSM-IV-TR. Manuel diagnostic et statistiques des troubles mentaux, Paris : Masson.

Barkely, R.A. (1990). Attention deficit hyperactivity disorder : A handbook for diagnosis and treatment. New York : Guilford Press.

Barkley, RA. Murphy, KR., Laneri, M., Flechter, K., Metevia, L. (2001). Executive functioning, temporal discounting, and sense of time in adolescents with attention deficit hyperactivity disorder (ADHD) and oppositional defiant disorder (ODD). Journal of abnormal Child Psychology, 26(6), 541-46.

Booth, J.R., Burman, D.D., Meyer, J.R., Lei, Z., Trommer, B.L., Davenport, N.D., Li, W., Parrish, T.B., Gitelman, D.R., & Marsel Mesulam, M. (2005). Larger deficits in brain networks for response inhibition than for visual selective attention in attention deficit hyperactivity disorder (ADHD). Journal of Child Psychology and Psychiatry, 46 : 1, 94-111.

Chevalier, N. (2010). Les fonctions exécutives chez l’enfant : concepts et développement. Canadian Psychology, Vol. 51, No.3, 149-163.

Donnadieu, S., Berger, C., Lallier, L., Marendaz, C. et Laurent, A. (2010a). Evaluation de l’attention sélective chez l’enfant TDA/H : délai développemental versus déficit spécifique ? 1er Congrès International de Langue Française sur le TDA/H : Trouble Déficit de l’Attention/Hyperactivité de Langue Française sur le TDA/H, Bordeaux , 24-25 juin 2010.

Li C-SR, Lin W-H, Chang H-L, Hung Y-W. (2004). A psychophysical measure of attention deficit in children with attention deficit hyperactivity disorder. Journal of Abnormal Psychology, 113, 228-236.

Shaw, P., Eckstrand, K., Sharp, W., Blumenthal, J., Lerch, JP., Greenstein, D. (2007). Attention-deficit/hyperactivity disorder is characterized by a delay in cortical maturation. Proc Natl Acad Sci USA, 104, 19649-54.

Toplack, M.E., Dockstader, C. and Tannock, R. (2006). Temporal information processing in ADHD : Findings to date and new methods. Journal of Neuroscience Methods, 151, 15-29.

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