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La thérapie familiale intégrée du TDAH de l’enfant

Dr Raymond TRAUBE

samedi 16 février 2013, mis à jour le 20 février 2013, par Dr Raymond TRAUBE

La thérapie familiale intégrée du TDAH de l’enfant

Dr Raymond TRAUBE

Pédopsychiatre, ancien chef de service de psychiatrie-psychothérapie de l’enfant et de l’adolescent à Neuchâtel, thérapeute de famille, président de l’association Suisse de thérapie familiale.

Nouveaux points forts : la médication a des effets préventifs : elle évite l’exclusion de la famille et de l’école. Je pense à un enfant placé parce qu’il était maltraité par son père, repéré lors de la fête de Noël pour son hyperactivité. Sa mère se prostituait et n’était plus là ; son père a refusé les médicaments parce qu’il était témoin de Jéhovah. J’ai mis deux mois pour le convaincre de faire des essais : à 5 ans et demi, cet enfant avait déjà été exclu de son école. Dès lors, il a pu être réintégré à l’école, avec, précisons-le, une thérapie de réseau tous les deux mois pendant quatre ans, avec pédiatre, logopédiste, éducatrice à domicile, pédopsychiatre, assistante sociale de protection de l’enfant, enseignantes, direction.

Autre apport de mon expérience : le méthylphénidate a un effet psychothérapeutique sur l’image que l’enfant a lui-même, beaucoup plus rapidement que ce qui peut être obtenu par une thérapie familiale, collective ou individuelle : l’enfant cesse très rapidement d’être le bouc-émissaire de ses frères et sœurs, de ses camarades, de ses parents ou de ses enseignants. Le renouveau de l’intérêt pour les apprentissages est quasi immédiat : l’enfant se découvre compétent. Elle prévient la recherche de camarades négatifs. L’hyperactivité présente en revanche des risques : une étude dans l’armée suisse a montré que les jeunes gens qui ne prenaient pas de la Ritaline® depuis leur enfance étaient davantage consommateurs de cannabis que les autres.

De courtes vidéos sont diffusées pour décrire plusieurs techniques de thérapie de famille.

La première vidéo montre un patient suivi de l’âge de cinq ans jusqu’à dix-neuf ans qui a bien voulu témoigner après quatre ans de thérapie devant une conférence comme la vôtre. Ses propos sont banals : « je suis traité comme un bourdon en cage » en famille ; en groupe, « je suis un volcan » ou « je suis tombé dans la potion ». La chute est intéressante : « Je suis hyperactif : ce n’est pas une maladie, c’est mon caractère » – après plusieurs années de thérapie, cet enfant pense encore que le problème tient à son caractère. Le médicament, la longue psychothérapie de langage et la thérapie de réseau auront permis d’éviter son placement.

La deuxième vidéo porte sur une petite fille de huit ans venue pour des idées suicidaires. Elle est très caractérielle, « casse-pieds », et se plaît à tourmenter son frère de cinq ans et demi. Elle est par ailleurs surdouée. La vidéo présente une interaction entre l’enfant, la famille et les thérapeutes, sous un mode spécifique à la réaction de l’entourage à la provocation de l’enfant hyperactif : le thérapeute prend une position parentale – on peut parler de contre-transfert.

Une autre vidéo de cette situation montre l’aspect de la technique de jeu symbolique utilisée : une « sculpture », sorte de jeu de rôle dans lequel le thérapeute est inclus. Dans une première statue vivante, les enfants amusés ne se mettent pas sur le dos des parents mais sur celui des thérapeutes, ce que nous interprétons comme la décharge par la psychothérapie familiale. Dans une seconde représentation, le petit frère sculpte sa sœur en train de boxer le pédopsychiatre, lequel interprète en clin d’œil que cela a commencé dès la salle d’attente à la première séance deux ans auparavant .

La quatrième vidéo, beaucoup plus ancienne, montre une enfant souffrant d’une phobie scolaire dès l’âge de six ans, avec rechute à sept ans. Elle s’est révélée avoir en outre des problèmes d’apprentissage modérés. L’interaction permet de faire ressortir un affect cohérent avec le cancer de la mère, la psychothérapie familiale brève, sur six séances, s’étant focalisée sur les interactions symptomatiques entre l’enfant et le pédopsychiatre, autrement dit sur le transfert et le contre transfert.
La dernière vignette montre un jeu de mon invention, le « totem familial » : l’enfant, ici un garçon de treize ans, présenté pour déficit d’attention et en traitement orthophonique. Contre toute attente, il se choisit comme animal un grizzli, qui ne correspond pas à son tempérament, sinon peut-être idéal. Sur le plan scolaire, il dispose les matières en cercles concentriques, la plus éloignée étant celle où il a le plus de peine l’espagnol et le catalan (bilinguisme), représenté par un zèbre, qu’il rapproche après l’amélioration qu’il souhaite.

De la salle

Dans une famille où un enfant et un parent sont TDAH, conseillez-vous la thérapie familiale ?

Raymond TRAUBE

Je vois 100 % des enfants en famille, qu’ils soient TDAH, Asperger ou autre.




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