L’adulte

Diagnostic positif du TDAH chez l’adulte Par le Dr Michel Lecendreux

, par Dr Michel Lecendreux, Joël BECAM

Cela fait maintenant dix ans que le docteur Lecendreux a diagnostiqué, et traité, son premier patient adulte souffrant de TDAH.
Les études américaines montrent que 5 à 6 % des enfants - soit, à l’école, environ un enfant par classe - seraient concernés par le TDAH.

Que deviennent les enfants qui présentent des symptômes de TDAH ? Ces symptômes - la triade caractéristique : inattention, impulsivité et hyperactivité - demeurent-ils présents lorsqu’il atteint l’âge adulte ? De même, que deviennent au même âge les troubles comorbides (troubles anxieux, dépressifs, ou troubles du sommeil par exemple) qui affectent, souvent dès l’enfance, le patient TDAH ?

A ces questions importantes, certaines études américaines répondent et montrent que le TDAH persiste, à l’adolescence, chez 50 % des enfants déjà concernés par le trouble dans leur enfance, et à l’âge adulte ils sont 4, 4 % dans la population des adultes à présenter les critères complets du syndrome.

Soulignons qu’il n’y a pas encore, à ce jour, de test valide, biologique notamment, à même de diagnostiquer l’existence du TDAH chez un patient donné.

Le TDAH est un trouble complexe, à plusieurs dimensions. Des sous-types ont été distingués, selon que le symptôme qui domine est l’inattention ou l’impulsivité.

- Diagnostic et devenir du trouble chez l’adulte

Quel est le devenir du trouble ? Le plus souvent, l’hyperactivité s’amende chez l’adulte TDAH. En revanche, les fonctions exécutives sont touchées ; celles-ci, en effet, sont plus développées chez l’adulte que chez l’enfant, en raison d’une vie quotidienne plus contraignante. Ce sont donc plutôt à des problèmes d’attention que l’adulte va demeurer confrontée, singulièrement dans ses tâches professionnelles (lecture, rédaction, tenue de réunion, etc.). La procrastination - propension à lancer sans cesse de nouvelles tâches et à ne jamais les finir - s’observe également chez l’adulte TDAH.
Le diagnostic du TDAH chez l’adulte s’articule autour de trois axes : un diagnostic rétrospectif, qui tend à valider a posteriori la présence effective du trouble dès l’enfance ; une évaluation au moyen des échelles disponibles, entre autres questionnaire de Conners ; enfin, l’écoute et le recueil « des mots du patient » (« Je suis tout le temps stressé », « Je n’y arrive plus », etc.).

- Retentissement du trouble

Souvent, les patients se plaignent de ne pas être reconnus. Or, le retentissement du trouble s’exerce dans tous les domaines, qu’il s’agisse de l’attention, de la mémoire de travail, du sens de l’organisation ou de l’inhibition.
D’une manière générale, le patient adulte TDAH ne possède pas le même fonctionnement académique qu’un autre adulte qui ne serait pas affecté par le trouble. Chez l’enfant, on relève des retards scolaires ou des redoublements de classe plus fréquents ; en parallèle, il est constaté que l’adulte TDAH s’exposera plus, dans sa vie professionnelle, au risque de licenciement par exemple. De même, l’adulte TDAH sera plus fréquemment concerné par la consommation tabagique, l’abus de substances ou toute autre forme de conduite addictive, l’excès de vitesse ou l’alcoolisation lors de la conduite automobile, etc.
Une étude menée au sein d’une population de détenus a montré également qu’un quart de cette population était concerné par le TDAH et présentait tout ou partie des critères distinctifs.

- Environnement neurologique et familial

Récemment, par le biais de l’imagerie cérébrale, le rôle fondamental du cortex cingulaire antérieur dans l’expression des symptômes du TDAH chez l’adulte a été mis en évidence.
On a pu constater de surcroît que le TDAH « court dans les familles ». Ainsi, des études portant sur des familles ont montré que le risque d’avoir un adulte atteint du TDAH était d’autant plus élevé que la mère, et surtout le père, étaient eux-mêmes déjà concernés par ce trouble. Ce risque plus élevé se remarque également au sein de la fratrie.

En définitive, mieux que la dépression, le TDAH chez l’adulte apparaît fréquemment « masqué ». D’où la nécessité d’examiner les liens qu’il entretient avec d’autres troubles, tels que la dépression, certes, mais aussi les troubles de l’humeur, les troubles bipolaires ou les troubles du sommeil. En présence d’une telle comorbidité, il convient de prendre en compte, dans un premier temps, le trouble initial.

P.-S.

Par le Dr Michel LECENDREUX (Paris). Conférence PSY SNC du 23 novembre 2005
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